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Prévention & Santé
15 janvier 20268 min de lecture

Tendinite de l'épaule : pourquoi les anti-inflammatoires ne suffisent pas

Votre épaule vous fait souffrir. Vous prenez des anti-inflammatoires, ça soulage... puis ça revient. Découvrez pourquoi traiter le symptôme sans traiter la cause est voué à l'échec.

CDFPI

Équipe éditoriale

Tendinite de l'épaule : pourquoi les anti-inflammatoires ne suffisent pas

L'épaule qui fait mal : un calvaire quotidien

Lever le bras pour attraper quelque chose en hauteur. Enfiler une veste. Attacher sa ceinture de sécurité. Des gestes anodins devenus douloureux.

Vous avez consulté. Le diagnostic est tombé : tendinite de l'épaule. On vous a prescrit des anti-inflammatoires, peut-être de la kinésithérapie. Ça soulage, puis ça revient.

Pourquoi ? Parce que les anti-inflammatoires traitent l'inflammation (le symptôme), pas ce qui l'a causée.

L'épaule est l'articulation la plus mobile du corps humain. C'est aussi l'une des plus complexes. Comprendre son fonctionnement est essentiel pour la protéger — et pour guérir vraiment quand elle souffre.

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Anatomie de l'épaule : la coiffe des rotateurs expliquée

Une articulation sacrifiant la stabilité pour la mobilité

L'épaule est une articulation gléno-humérale : la tête de l'humérus (os du bras) s'articule avec la glène de l'omoplate.

Le problème : La glène est très petite par rapport à la tête humérale. Imaginez une balle de golf posée sur un tee de golf — c'est le ratio. Cette configuration permet une mobilité exceptionnelle mais offre peu de stabilité osseuse.

La solution du corps : Des muscles et tendons assurent la stabilité que les os ne fournissent pas.

La coiffe des rotateurs : vos 4 héros méconnus

La coiffe des rotateurs est un ensemble de 4 muscles dont les tendons entourent la tête de l'humérus comme une coiffe (d'où le nom).

| Muscle | Rôle principal | Mouvement associé |

|--------|---------------|-------------------|

| Supra-épineux | Initie l'élévation du bras | Lever le bras sur le côté |

| Infra-épineux | Rotation externe | Ouvrir une porte |

| Petit rond | Rotation externe | Armer un lancer |

| Subscapulaire | Rotation interne | Main dans le dos |

Ces muscles sont petits mais cruciaux. Ils maintiennent la tête humérale centrée dans la glène à chaque mouvement.

Le supra-épineux : le plus vulnérable

Le tendon du supra-épineux passe dans un espace étroit entre la tête de l'humérus et l'acromion (partie de l'omoplate).

Cet espace s'appelle l'espace sous-acromial. C'est là que les problèmes commencent.

Quand l'espace se réduit (mauvaise posture, inflammation, calcification), le tendon est comprimé à chaque élévation du bras. C'est le syndrome de conflit sous-acromial.

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Comment une tendinite de l'épaule se développe

Phase 1 : Micro-traumatismes répétés

À chaque fois que vous levez le bras, le tendon du supra-épineux glisse dans l'espace sous-acromial. Si ce mouvement est répété des centaines de fois par jour, le tendon subit des micro-traumatismes.

Professions à risque :

  • Travail sur écran (souris, clavier)
  • Métiers avec bras levés (peintre, électricien)
  • Manutention répétitive
  • Travail à la chaîne
  • Phase 2 : Inflammation

    Les micro-traumatismes déclenchent une réponse inflammatoire. Le tendon gonfle.

    Le cercle vicieux :

  • Le tendon gonfle
  • L'espace sous-acromial se réduit
  • Le tendon est encore plus comprimé
  • Le tendon gonfle davantage
  • Etc.
  • Phase 3 : Dégénérescence

    Si l'inflammation persiste, le tendon se dégrade. Des micro-déchirures apparaissent. Des calcifications peuvent se former.

    À ce stade, le tendon est fragilisé et vulnérable à une rupture.

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    Pourquoi les anti-inflammatoires ne suffisent pas

    Ce qu'ils font

    Les anti-inflammatoires (ibuprofène, kétoprofène, diclofénac...) bloquent la production de prostaglandines, molécules impliquées dans l'inflammation.

    Résultat : La douleur diminue, le gonflement se réduit. Vous vous sentez mieux.

    Ce qu'ils ne font pas

  • Ils ne corrigent pas la posture qui comprime le tendon
  • Ils ne renforcent pas les muscles stabilisateurs
  • Ils ne traitent pas la cause mécanique du conflit
  • Ils n'améliorent pas la qualité du tendon
  • Pire : En masquant la douleur, ils peuvent vous amener à continuer les gestes qui aggravent le problème.

    Les limites scientifiques

    Des études récentes remettent en question l'utilisation prolongée des anti-inflammatoires pour les tendinopathies :

  • Ils peuvent **retarder la cicatrisation** des tendons
  • Ils ne modifient pas l'évolution à long terme
  • Les effets secondaires (digestifs, cardiovasculaires, rénaux) limitent leur utilisation
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    L'approche globale : traiter la source

    1. Comprendre la cause mécanique

    Questions à se poser :

  • Quels gestes répétez-vous quotidiennement ?
  • Votre posture favorise-t-elle le conflit sous-acromial ?
  • Vos muscles stabilisateurs sont-ils suffisamment forts ?
  • La posture coupable : Épaules enroulées vers l'avant + tête en avant = espace sous-acromial réduit en permanence.

    2. Corriger la posture

    Pour ouvrir l'espace sous-acromial, il faut :

  • Rétropulsion des épaules (les tirer vers l'arrière)
  • Abaissement des omoplates
  • Extension thoracique (dévoûter le dos)
  • Exercice clé — Rétraction des omoplates :

  • Debout ou assis, bras le long du corps
  • Serrez les omoplates l'une vers l'autre
  • Abaissez les épaules (loin des oreilles)
  • Maintenez 5 secondes
  • 10 répétitions, 3 fois par jour
  • 3. Renforcer la coiffe des rotateurs

    Des muscles de la coiffe forts stabilisent l'épaule et préviennent les conflits.

    Rotation externe avec élastique :

  • Coude fléchi à 90°, collé au corps
  • Tenez un élastique attaché à une poignée de porte
  • Tournez l'avant-bras vers l'extérieur
  • Contrôlez le retour
  • 3 séries de 15 répétitions
  • Rotation interne avec élastique :

  • Même exercice, mais en tournant vers l'intérieur
  • Élévation latérale à 45° (« scaption ») :

  • Bras à 45° vers l'avant (pas sur le côté pur)
  • Pouce vers le haut
  • Élévation jusqu'à la hauteur d'épaule
  • Charge légère (1-2 kg max)
  • 4. Mobiliser le thorax

    Un thorax bloqué en flexion ferme l'espace sous-acromial et force l'épaule à compenser.

    Extension thoracique sur rouleau :

  • Allongé sur un rouleau de massage placé sous les omoplates
  • Mains derrière la tête
  • Laissez le dos s'étendre en arrière
  • Roulez lentement du bas des omoplates au haut
  • 2 minutes par jour
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    Le rôle de la nutrition anti-inflammatoire

    L'inflammation systémique aggrave l'inflammation locale

    Si votre alimentation entretient une inflammation de bas grade dans tout votre corps, vos tendons en souffrent aussi.

    Marqueurs d'inflammation chronique :

  • Fatigue persistante
  • Douleurs diffuses
  • Raideurs matinales
  • Récupération lente
  • Alimentation anti-inflammatoire pour les tendons

    À privilégier :

  • Oméga-3 (saumon, sardines, maquereau, huile de colza)
  • Vitamine C (agrumes, kiwi, poivron) — nécessaire à la synthèse du collagène
  • Protéines de qualité — les tendons sont faits de collagène
  • Curcuma + poivre noir — puissant anti-inflammatoire naturel
  • Bouillon d'os — riche en collagène et glycine
  • À limiter :

  • Sucres raffinés (pro-inflammatoires)
  • Aliments ultra-transformés
  • Excès d'oméga-6 (huile de tournesol, produits industriels)
  • Alcool
  • Compléments utiles (sous avis médical)

  • Collagène hydrolysé : 10g/jour
  • Vitamine C : 500mg/jour
  • Oméga-3 : 2g EPA+DHA/jour
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    Techniques de soulagement

    Thérapie par le froid

    En phase aiguë (douleur, chaleur, gonflement) :

  • Application de glace 15-20 minutes
  • 3-4 fois par jour
  • Protection cutanée (linge entre la glace et la peau)
  • Points d'acupression pour l'épaule

    LI15 (Jian Yu) — « Os de l'épaule » :

  • Localisation : dans le creux à l'avant de l'épaule, quand le bras est levé
  • Pression modérée, 1-2 minutes
  • Soulage les douleurs antérieures de l'épaule
  • SI10 (Nao Shu) — « Point du bras » :

  • Localisation : dans le creux au-dessus de l'aisselle, sous l'épine de l'omoplate
  • Pression circulaire, 1-2 minutes
  • Pour les douleurs postérieures de l'épaule
  • GB21 (Jian Jing) — « Puits de l'épaule » :

  • Localisation : au milieu du trapèze, entre le cou et l'épaule
  • Pression ferme, 1 minute
  • Relâche les tensions du trapèze qui aggravent les problèmes d'épaule
  • Auto-massage des tissus mous

    Utilisez une balle de tennis ou de lacrosse :

  • Contre un mur, placez la balle entre votre omoplate et le mur
  • Roulez lentement pour masser les muscles péri-scapulaires
  • Insistez sur les points sensibles
  • 2-3 minutes de chaque côté
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    Quand consulter ?

    Signaux d'alarme

  • Douleur nocturne qui empêche de dormir sur l'épaule
  • Incapacité de lever le bras
  • Perte de force progressive
  • Douleur après un traumatisme
  • Aucune amélioration après 4-6 semaines de mesures conservatrices
  • L'intérêt de l'ostéopathie

    Un ostéopathe peut :

  • Identifier les restrictions de mobilité (épaule, thorax, cervicales)
  • Traiter les compensations à distance
  • Proposer des exercices personnalisés
  • Suivre l'évolution
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    FAQ : tendinite de l'épaule

    Puis-je continuer le sport ?

    Évitez les mouvements au-dessus de la tête (natation crawl, tennis, musculation épaules) pendant la phase aiguë. Privilégiez les activités à faible impact (marche, vélo, natation dos crawlé).

    Combien de temps pour guérir ?

    Variable selon la gravité : de quelques semaines (tendinite légère) à plusieurs mois (tendinopathie chronique). La patience et la régularité des exercices sont essentielles.

    Les infiltrations de cortisone sont-elles utiles ?

    Elles peuvent soulager temporairement mais n'accélèrent pas la guérison et fragilisent le tendon à long terme. À réserver aux cas résistants, avec parcimonie.

    Faut-il opérer ?

    Rarement. La chirurgie (acromioplastie) est réservée aux cas réfractaires aux traitements conservateurs bien conduits pendant 6-12 mois, ou aux ruptures tendineuses.

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    Conclusion : traiter la cause, pas juste la douleur

    La tendinite de l'épaule n'est pas qu'une inflammation à éteindre. C'est le signal d'un déséquilibre mécanique à corriger.

    Traiter vraiment, c'est :

  • Comprendre la biomécanique de l'épaule
  • Corriger la posture qui crée le conflit
  • Renforcer les muscles stabilisateurs
  • Mobiliser le thorax
  • Adopter une alimentation anti-inflammatoire
  • Les anti-inflammatoires ont leur place pour soulager la crise. Mais ils ne sont qu'une partie de la solution.

    Chez CDFPI, notre formateur est ostéopathe et nutritionniste. Cette double expertise lui permet d'aborder les TMS de l'épaule sous tous les angles — pas juste celui du geste.

    Votre épaule mérite mieux qu'un pansement.

    Découvrez notre formation Prévention des TMS — une approche holistique qui traite les causes, pas les symptômes.

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