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Prévention & Santé
8 janvier 202514 min de lecture

Prévention des TMS en entreprise : au-delà des gestes et postures

Les TMS représentent 87% des maladies professionnelles. Pourquoi les formations classiques échouent-elles ? Découvrez une approche transversale qui traite les vraies causes.

Sophie Bertrand

Ergonome & Formatrice PRAP

Introduction : l'échec des formations classiques

87% des maladies professionnelles reconnues en France sont des Troubles Musculo-Squelettiques (TMS). Ce chiffre n'a cessé d'augmenter ces vingt dernières années, malgré la multiplication des formations "gestes et postures" en entreprise.

Comment expliquer ce paradoxe ? Les entreprises investissent massivement dans la prévention, les salariés suivent des formations, et pourtant les TMS continuent de progresser. La réponse est simple : on traite les symptômes, pas les causes.

Cet article vous propose une autre vision de la prévention des TMS, basée sur notre expérience de terrain auprès de secteurs aussi variés que l'industrie, l'hôtellerie, le médico-social ou le BTP. Une approche qui va au-delà des conseils génériques pour s'attaquer aux vrais déterminants de ces pathologies.

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Qu'est-ce qu'un TMS exactement ?

Définition médicale

Les Troubles Musculo-Squelettiques regroupent un ensemble d'affections touchant les structures périarticulaires : muscles, tendons, nerfs, ligaments, bourses séreuses, vaisseaux sanguins. Ils se manifestent principalement au niveau :

  • **Membres supérieurs** : épaule (tendinite de la coiffe des rotateurs), coude (épicondylite), poignet (syndrome du canal carpien), main
  • **Rachis** : cervicalgies, lombalgies, dorsalgies
  • **Membres inférieurs** : genou (hygroma), cheville
  • Les TMS les plus fréquents en entreprise

    | Pathologie | Localisation | Secteurs concernés |

    |------------|--------------|-------------------|

    | Syndrome du canal carpien | Poignet | Caissiers, manutentionnaires, bureautique |

    | Tendinite de la coiffe | Épaule | BTP, logistique, industrie |

    | Épicondylite | Coude | Industrie, artisanat |

    | Lombalgie | Bas du dos | Tous secteurs |

    | Cervicalgie | Nuque | Bureautique, conduite |

    Le coût réel pour l'entreprise

    Les TMS ne sont pas qu'un problème de santé, c'est un enjeu économique majeur :

  • **Coût direct** : 21 000 € en moyenne par TMS déclaré (soins, indemnités)
  • **Coût indirect** : 2 à 7 fois le coût direct (remplacement, désorganisation, perte de compétences)
  • **Absentéisme** : 45 jours d'arrêt en moyenne pour un TMS reconnu
  • **Cotisation AT/MP** : majoration pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros
  • Pour une PME, un seul cas de TMS peut représenter l'équivalent du budget formation annuel.

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    Pourquoi les formations "gestes et postures" ne suffisent pas

    Le mythe de la "mauvaise posture"

    La formation gestes et postures classique repose sur un postulat simple : les salariés adoptent de mauvaises postures, corrigeons-les et les TMS disparaîtront. Ce raisonnement, séduisant sur le papier, se heurte à plusieurs réalités :

    1. Le corps n'est pas une machine

    Il n'existe pas de "bonne posture" universelle. Le corps humain est conçu pour le mouvement, pas pour maintenir des positions statiques. Ce qui est physiologique, c'est la variabilité posturale, pas la posture parfaite figée.

    2. Les contraintes réelles du poste

    Demander à un opérateur de "plier les genoux" pour soulever une charge, c'est ignorer que :

  • L'espace sous le convoyeur ne le permet pas
  • La cadence imposée rend ce geste impossible
  • La charge est mal positionnée à la base
  • La formation individuelle ne peut pas compenser une conception défaillante du poste.

    3. L'effet "formation spectacle"

    Deux semaines après une formation gestes et postures, 80% des participants ont repris leurs anciennes habitudes. Non par mauvaise volonté, mais parce que les automatismes gestuels sont profondément ancrés et que l'environnement n'a pas changé.

    Les vrais facteurs de TMS

    La recherche en ergonomie a identifié les déterminants réels des TMS :

    Facteurs biomécaniques

  • Répétitivité des gestes (au-delà de 30 fois/minute pour les membres supérieurs)
  • Efforts excessifs ou asymétriques
  • Postures contraignantes maintenues
  • Vibrations et chocs
  • Facteurs organisationnels

  • Cadences inadaptées
  • Absence de pauses
  • Travail monotone sans variabilité
  • Effectifs insuffisants
  • Facteurs psychosociaux

  • Stress et pression temporelle
  • Manque d'autonomie décisionnelle
  • Faible soutien hiérarchique et entre collègues
  • Absence de reconnaissance
  • Facteurs individuels

  • Âge et ancienneté au poste
  • Antécédents médicaux
  • Condition physique générale
  • Une prévention efficace doit agir sur l'ensemble de ces facteurs, pas uniquement sur les gestes individuels.

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    Notre approche transversale de la prévention TMS

    Principe fondamental : comprendre avant d'agir

    Avant de former les salariés, nous réalisons une analyse du travail réel. Pas le travail prescrit par les procédures, mais ce que font vraiment les opérateurs, avec leurs contraintes, leurs astuces, leurs difficultés.

    Cette phase d'observation et d'échange permet d'identifier :

  • Les situations à risque réelles (pas théoriques)
  • Les facteurs aggravants spécifiques au contexte
  • Les marges de manœuvre existantes
  • Les freins au changement
  • Les trois niveaux d'intervention

    Niveau 1 : La source (organisation et conception)

    C'est le niveau le plus efficace, mais souvent négligé car il implique des décisions managériales :

  • Rotation des postes pour varier les sollicitations
  • Aménagement des espaces de travail
  • Adaptation des cadences et des effectifs
  • Choix d'équipements adaptés
  • Nous accompagnons les entreprises dans cette réflexion, avec des préconisations concrètes et chiffrées.

    Niveau 2 : L'interface (aides techniques et organisationnelles)

    Quand la source ne peut être totalement supprimée :

  • Aides à la manutention (tables élévatrices, transpalettes, exosquelettes)
  • Outils adaptés (manches ergonomiques, dispositifs anti-vibration)
  • Micro-pauses actives intégrées au process
  • Binômage pour les tâches les plus exposantes
  • Niveau 3 : L'individu (formation et préparation physique)

    Ce niveau vient en complément, jamais en substitution des deux premiers :

  • Formation aux techniques gestuelles adaptées au poste réel
  • Échauffements et étirements spécifiques
  • Développement de la conscience corporelle
  • Détection précoce des signaux d'alerte
  • La différence CDFPI : l'expertise croisée

    Notre force réside dans la pluridisciplinarité de nos formateurs. Contrairement aux organismes qui envoient des formateurs PRAP standardisés, nos intervenants cumulent :

  • Expertise en ergonomie et analyse du travail
  • Compétences en préparation physique
  • Connaissance des pathologies (kinésithérapeutes, ostéopathes dans notre réseau)
  • Expérience sectorielle variée
  • Cette approche nous permet de proposer des formations sur-mesure, ancrées dans la réalité de chaque métier.

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    Formation PRAP : ce que dit la réglementation

    Obligation de l'employeur

    L'article L.4121-1 du Code du travail impose à l'employeur de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé des travailleurs. Cela inclut explicitement la prévention des risques liés à l'activité physique.

    L'article R.4541-8 précise que l'employeur doit faire bénéficier les travailleurs dont l'activité comporte des manutentions manuelles d'une formation adéquate à la sécurité.

    Les formations PRAP de l'INRS

    L'INRS a développé deux référentiels de formation :

    PRAP IBC (Industrie, BTP, Commerce)

  • Durée : 14 heures (2 jours)
  • Public : salariés exposés aux risques liés à l'activité physique
  • Validité : 24 mois (recyclage MAC PRAP de 7h)
  • PRAP 2S (Sanitaire et Social)

  • Durée : 21 heures (3 jours)
  • Public : professionnels du secteur médico-social
  • Spécificité : techniques de mobilisation des personnes
  • Validité : 24 mois
  • Au-delà du PRAP : notre catalogue

    Le PRAP est une excellente base, mais nous proposons des modules complémentaires :

  • **Échauffements au poste** : 3h pour créer une routine d'activation adaptée
  • **Analyse ergonomique de poste** : intervention d'une journée avec préconisations
  • **Formation de référents TMS** : création d'un réseau interne de prévention
  • **Préparation physique métier** : programme sur plusieurs semaines
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    Cas concret : prévention TMS en hôtellerie

    Contexte

    Un hôtel 4 étoiles de la Côte d'Azur nous sollicite suite à une augmentation des arrêts maladie chez les femmes de chambre. Trois cas de syndrome du canal carpien en 18 mois.

    Diagnostic initial

    Notre analyse révèle :

  • 15 chambres par femme de chambre par jour (cadence standard)
  • Gestes répétitifs : border les lits, essorer les serpillières, frotter les surfaces
  • Postures contraignantes : travail bras en l'air, flexions répétées
  • Pression temporelle : chambres "à l'heure" pour les départs
  • Matériel inadapté : chariots lourds, produits nécessitant un effort de pulvérisation
  • Plan d'action

    Niveau organisationnel

  • Réduction à 13 chambres/jour avec prime maintenue
  • Planification des départs pour lisser la charge
  • Création de binômes pour les chambres les plus grandes
  • Niveau technique

  • Remplacement des pulvérisateurs par des modèles basse pression
  • Nouveaux chariots à roulettes pivotantes
  • Draps plus légers et housses à élastiques
  • Niveau individuel

  • Formation PRAP IBC de 14h pour l'ensemble du personnel
  • Échauffements de 5 minutes avant la prise de poste
  • Affichage des techniques de manutention dans les offices
  • Résultats à 12 mois

  • Zéro nouveau cas de TMS
  • Absentéisme réduit de 30%
  • Satisfaction des salariés améliorée (questionnaire interne)
  • ROI estimé : 4 pour 1
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    Comment mettre en place une démarche de prévention TMS

    Étape 1 : Diagnostic

    Avant toute action, établissez un état des lieux :

  • Analyse des statistiques AT/MP (types de pathologies, postes concernés)
  • Questionnaire auprès des salariés (douleurs ressenties, localisation)
  • Observation des postes les plus exposants
  • Entretiens avec l'encadrement et les représentants du personnel
  • Étape 2 : Priorisation

    Tous les postes ne présentent pas le même niveau de risque. Concentrez vos efforts sur :

  • Les postes ayant déjà généré des TMS
  • Les activités cumulant plusieurs facteurs de risque
  • Les situations où des solutions simples existent
  • Étape 3 : Plan d'action

    Définissez des actions concrètes, budgétées et planifiées :

  • Actions techniques (aménagements, équipements)
  • Actions organisationnelles (rotations, cadences, pauses)
  • Actions de formation (PRAP, sensibilisation encadrement)
  • Étape 4 : Mise en œuvre et suivi

  • Impliquez les salariés dans le déploiement
  • Formez l'encadrement à la détection des signaux faibles
  • Mesurez les résultats (indicateurs AT/MP, questionnaires)
  • Ajustez le plan en fonction des retours terrain
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    Ce que CDFPI peut vous apporter

    Diagnostic TMS

    Intervention d'une journée comprenant :

  • Observation des postes à risque
  • Entretiens avec les opérateurs et l'encadrement
  • Analyse des données AT/MP
  • Rapport avec préconisations hiérarchisées
  • Formations certifiantes

  • **PRAP IBC** : 14h, éligible CPF
  • **PRAP 2S** : 21h, éligible CPF
  • **MAC PRAP** : 7h, recyclage obligatoire tous les 2 ans
  • **Acteur PRAP** : version allégée de sensibilisation (7h)
  • Accompagnement sur-mesure

  • Création de modules de formation spécifiques métier
  • Formation de formateurs internes
  • Mise en place de programmes d'échauffement
  • Suivi et évaluation des actions
  • Notre différence

  • **Formateurs de terrain** : ils connaissent la réalité des métiers
  • **Approche globale** : on ne se limite pas aux gestes individuels
  • **Sur-mesure** : chaque intervention est adaptée à votre contexte
  • **Résultats mesurables** : nous nous engageons sur des indicateurs
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    Conclusion : investir dans la prévention, c'est rentable

    Les TMS ne sont pas une fatalité. Avec une approche globale qui dépasse les formations "gestes et postures" classiques, il est possible de réduire significativement leur incidence.

    L'investissement dans la prévention est rentable à tous points de vue :

  • **Économique** : réduction des coûts directs et indirects
  • **Social** : amélioration des conditions de travail et de la qualité de vie
  • **Productif** : salariés en meilleure santé = performance durable
  • Ne vous contentez pas de cocher la case "formation réalisée". Engagez une vraie démarche de prévention, avec des actions sur l'organisation, les équipements ET les individus.

    Besoin d'un diagnostic ou d'un accompagnement ? Nos experts sont à votre disposition pour construire avec vous une stratégie de prévention TMS efficace et adaptée à votre contexte.

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