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Prévention & Santé
15 janvier 20267 min de lecture

Épicondylite (tennis elbow) : le mal des métiers répétitifs décrypté

Vous n'avez jamais joué au tennis, pourtant vous souffrez de « tennis elbow » ? Découvrez pourquoi cette pathologie touche surtout les travailleurs et comment la prévenir efficacement.

CDFPI

Équipe éditoriale

Épicondylite (tennis elbow) : le mal des métiers répétitifs décrypté

Le tennis elbow... sans jamais avoir joué au tennis

C'est l'ironie de cette pathologie : elle s'appelle « tennis elbow » mais touche principalement des personnes qui n'ont jamais tenu une raquette.

Les vrais profils à risque :

  • Secrétaires et informaticiens
  • Ouvriers de production
  • Coiffeurs et esthéticiennes
  • Plombiers et électriciens
  • Caissiers et manutentionnaires
  • Point commun ? Des gestes répétitifs du poignet et de la main, tous les jours, pendant des mois ou des années.

    Si vous avez une douleur sur le côté externe du coude, qui irradie parfois vers l'avant-bras, qui s'aggrave quand vous serrez un objet ou tournez une poignée de porte — vous êtes probablement concerné.

    ---

    Anatomie du coude : comprendre l'épicondyle

    L'épicondyle : petit os, gros problème

    L'épicondyle latéral est une petite saillie osseuse située sur le côté externe de l'extrémité inférieure de l'humérus (os du bras).

    Pourquoi est-il important ? Parce que c'est le point d'ancrage des muscles extenseurs de l'avant-bras et du poignet.

    Les muscles extenseurs

    Ces muscles permettent de :

  • Relever le poignet (extension)
  • Écarter les doigts
  • Stabiliser le poignet lors de la préhension
  • Le principal coupable : Le muscle court extenseur radial du carpe (ECRC). Son tendon s'insère directement sur l'épicondyle latéral et subit le plus de stress lors des mouvements répétitifs.

    La différence avec l'épitrochléite

    L'épitrochléite (« golf elbow ») est la cousine de l'épicondylite. Elle touche l'épitrochlée, côté interne du coude, où s'insèrent les muscles fléchisseurs.

    | Pathologie | Localisation | Muscles impliqués | Mouvement aggravant |

    |------------|--------------|-------------------|---------------------|

    | Épicondylite | Côté externe | Extenseurs | Serrer, tourner |

    | Épitrochléite | Côté interne | Fléchisseurs | Lancer, tirer |

    ---

    Comment l'épicondylite se développe

    La surcharge tendineuse

    Le tendon est conçu pour transmettre la force du muscle à l'os. Mais il a ses limites.

    Quand les contraintes dépassent la capacité de régénération du tendon :

  • Des micro-lésions apparaissent
  • Le corps tente de réparer, mais n'y arrive pas complètement
  • Le tissu tendineux se dégrade
  • La douleur s'installe
  • Note importante : On parle aujourd'hui de tendinopathie plutôt que de tendinite. Le suffixe « -ite » implique une inflammation, mais les études montrent que l'inflammation n'est présente qu'au début. Ensuite, c'est surtout une dégénérescence du tissu tendineux.

    Les facteurs de risque professionnels

    Gestes répétitifs :

  • Plus de 2 heures/jour de mouvements répétitifs du poignet
  • Plus de 1 heure/jour avec outils vibrants
  • Plus de 1 heure/jour de frappe au clavier
  • Postures contraignantes :

  • Poignet en extension (souris, outils)
  • Préhension en force prolongée
  • Rotation répétée de l'avant-bras (visser, dévisser)
  • Facteurs organisationnels :

  • Cadences élevées
  • Manque de pauses
  • Absence de rotation des tâches
  • Les professions les plus touchées

  • **Secrétariat et informatique :** souris, clavier
  • **Coiffure :** ciseaux, séchoir
  • **Industrie :** chaîne de montage, vissage
  • **Bâtiment :** outils manuels et vibrants
  • **Cuisine :** couteau, casseroles
  • **Santé :** instruments, transferts patients
  • ---

    Les symptômes : reconnaître l'épicondylite

    Douleur caractéristique

  • Localisation : face externe du coude, sur l'épicondyle
  • Irradiation : vers l'avant-bras, parfois jusqu'au poignet
  • Type : douleur sourde au repos, vive à l'effort
  • Gestes déclencheurs

  • Serrer la main
  • Tourner une poignée de porte
  • Soulever une casserole
  • Verser de l'eau
  • Dévisser un bouchon
  • Utiliser un tournevis
  • Test diagnostique simple

    Test de Cozen :

  • Coude fléchi à 90°, avant-bras en pronation (paume vers le bas)
  • Fermez le poing
  • Essayez de relever le poignet contre résistance
  • Douleur sur l'épicondyle = test positif
  • Test de Mill :

  • Bras tendu devant vous
  • Paume vers le bas, poignet fléchi
  • Résistez pendant qu'on essaie de fléchir davantage votre poignet
  • Douleur sur l'épicondyle = test positif
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    Prévention par métier

    Travail sur écran

    Position de la souris :

  • Souris à hauteur du clavier
  • Poignet en position neutre (pas de flexion ni extension)
  • Avant-bras soutenu ou reposant sur le bureau
  • Mouvements depuis l'épaule, pas seulement le poignet
  • Alternative : Souris verticale, trackball, souris à gauche (si droitier)

    Clavier :

  • Frappe légère
  • Poignets non appuyés pendant la frappe
  • Repose-poignet uniquement entre les frappes
  • Métiers manuels

    Outils :

  • Manche adapté au diamètre de la main (ni trop gros, ni trop petit)
  • Outils équilibrés, pas trop lourds
  • Gants anti-vibrations si outils vibrants
  • Rotation des tâches
  • Postures :

  • Éviter les positions poignet cassé
  • Alterner les bras quand possible
  • Faire des micro-pauses
  • Coiffure et esthétique

  • Ciseaux ergonomiques (poignées décalées)
  • Alterner ciseaux et tondeuse
  • Séchoir léger avec poignée pivotante
  • Pauses toutes les 45 minutes
  • ---

    Programme de prévention et soulagement

    Exercices d'étirement

    Étirement des extenseurs (3 × 30 secondes) :

  • Bras tendu devant, paume vers le bas
  • Fléchissez le poignet (doigts vers le sol)
  • Avec l'autre main, accentuez doucement la flexion
  • Vous devez sentir l'étirement sur le dessus de l'avant-bras
  • Étirement des fléchisseurs (3 × 30 secondes) :

  • Bras tendu devant, paume vers le haut
  • Avec l'autre main, tirez les doigts vers le sol
  • Vous devez sentir l'étirement sous l'avant-bras
  • Exercices de renforcement (phase chronique)

    Renforcement excentrique — Le protocole Tyler :

    C'est le traitement de référence pour l'épicondylite chronique.

    Matériel : barre de flexion (FlexBar) ou serviette roulée

  • Tenez la barre, poignet en extension
  • Avec l'autre main, tordez la barre
  • Bras tendus devant vous, relâchez lentement avec le côté atteint
  • Le mouvement de relâchement (excentrique) est le traitement
  • 3 séries de 15 répétitions, 2 fois par jour
  • Efficacité prouvée : Des études montrent une amélioration chez 80% des patients après 6-8 semaines.

    Auto-massage

    Massage des extenseurs :

  • Localisez les muscles sur le dessus de l'avant-bras
  • Avec le pouce de l'autre main, massez en profondeur
  • Cherchez les points sensibles (trigger points)
  • Maintenez une pression modérée 30 secondes par point
  • Utilisation d'une balle :

  • Balle de tennis ou de lacrosse
  • Roulez l'avant-bras sur la balle
  • Insistez sur les zones tendues
  • Bracelet épicondylien

    Le bracelet (ou sangle) épicondylien se porte juste en dessous du coude, sur les muscles extenseurs.

    Principe : Il redistribue les forces, réduisant la tension sur l'insertion tendineuse.

    Efficacité : Soulagement temporaire, utile pendant le travail. Ne traite pas la cause.

    ---

    Les pièges à éviter

    Le repos complet

    Contre-intuitif mais vrai : le repos absolu est contre-productif pour les tendinopathies chroniques.

    Le tendon a besoin de charges contrôlées pour se régénérer. Un repos prolongé l'affaiblit davantage.

    La bonne approche : réduire les charges excessives (gestes répétitifs), mais maintenir une activité modérée.

    Les infiltrations répétées

    Les infiltrations de corticoïdes soulagent rapidement, mais :

  • L'effet s'estompe en quelques semaines
  • Elles fragilisent le tendon à long terme
  • Les récidives sont plus fréquentes
  • À réserver aux cas très douloureux, de façon ponctuelle (2-3 maximum).

    Les anti-inflammatoires au long cours

    Comme pour l'épaule, les AINS peuvent ralentir la guérison des tendons. À utiliser pour passer la crise, pas comme traitement de fond.

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    FAQ : épicondylite au travail

    Mon épicondylite est-elle une maladie professionnelle ?

    Potentiellement. L'épicondylite figure au tableau 57 des maladies professionnelles (« affections périarticulaires provoquées par certains gestes et postures de travail »).

    Conditions :

  • Travaux comportant des mouvements répétés de préhension ou d'extension du poignet
  • Délai de prise en charge : 7 jours après arrêt de l'exposition
  • Puis-je continuer à travailler ?

    Dans la plupart des cas, oui, avec des aménagements :

  • Réduction des gestes répétitifs
  • Alternance des tâches
  • Pauses plus fréquentes
  • Outils adaptés
  • Une restriction médicale temporaire peut être nécessaire.

    Combien de temps pour guérir ?

  • Épicondylite aiguë : quelques semaines avec traitement adapté
  • Épicondylite chronique : 3 à 6 mois, parfois plus
  • La clé : ne pas attendre que ça s'aggrave
  • La chirurgie est-elle efficace ?

    Elle est rarement nécessaire (moins de 10% des cas). Réservée aux épicondylites résistant à 6-12 mois de traitement conservateur bien conduit. Les résultats sont généralement bons.

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    Conclusion : prévenir vaut mieux que subir

    L'épicondylite n'est pas une fatalité du travail répétitif. C'est un signal d'alarme que votre corps vous envoie.

    Les clés de la prévention :

  • Ergonomie du poste et des outils
  • Pauses régulières
  • Exercices d'étirement quotidiens
  • Renforcement progressif
  • Traitement précoce des premiers symptômes
  • Ne laissez pas une gêne devenir une douleur chronique. Plus l'épicondylite est prise tôt, plus elle guérit vite et bien.

    Chez CDFPI, notre formateur connaît les contraintes des différents métiers. La formation est adaptée à votre réalité terrain — pas des conseils génériques inapplicables.

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