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Prévention & Santé
15 janvier 20268 min de lecture

Cervicalgies et travail sur écran : le syndrome du "cou de texto" expliqué par un ostéopathe

Votre nuque est raide, vos épaules sont tendues, vous avez des maux de tête en fin de journée. Découvrez ce que la position "tête en avant" fait réellement à votre corps — et comment y remédier.

CDFPI

Équipe éditoriale

Cervicalgies et travail sur écran : le syndrome du "cou de texto" expliqué par un ostéopathe

La tête en avant : un problème moderne aux conséquences anciennes

Regardez autour de vous au bureau. Ou dans le métro. Ou dans n'importe quelle salle d'attente.

Vous verrez des têtes penchées vers l'avant, des épaules enroulées, des dos voûtés. C'est devenu tellement courant qu'on ne le remarque plus.

Ce que vous voyez est un problème de santé publique qui touche des millions de personnes : le syndrome de la « tête en avant » (Forward Head Posture), aussi appelé « cou de texto » (Text Neck).

Les conséquences ne sont pas seulement esthétiques. Elles sont mécaniques, neurologiques, et peuvent devenir chroniques si rien n'est fait.

En tant qu'ostéopathe, j'observe quotidiennement les dégâts causés par cette posture. Voici ce que vous devez savoir.

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L'anatomie cervicale : 7 vertèbres sous haute tension

Une structure remarquable

Votre colonne cervicale comprend 7 vertèbres (C1 à C7) qui supportent votre tête et permettent sa mobilité dans toutes les directions.

Quelques chiffres qui donnent le vertige :

  • La tête pèse en moyenne **5 kg**
  • Le cou peut tourner de 70° de chaque côté
  • Il peut s'incliner de 45° en avant et en arrière
  • Il peut pencher de 45° sur les côtés
  • Cette mobilité exceptionnelle a un prix : la région cervicale est structurellement vulnérable.

    Les articulations cervicales

    Chaque vertèbre cervicale s'articule avec ses voisines via :

  • Les **disques intervertébraux** (amortisseurs entre les corps vertébraux)
  • Les **articulations facettaires** (à l'arrière, guidant les mouvements)
  • Les **ligaments** (stabilisant l'ensemble)
  • Ces structures sont conçues pour supporter la tête quand elle est alignée sur la colonne. Pas quand elle est projetée vers l'avant.

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    Le poids de la tête : la physique implacable

    L'effet de levier dévastateur

    Voici le calcul que votre cou fait inconsciemment chaque seconde :

    | Inclinaison de la tête | Poids ressenti par le cou |

    |-----------------------|---------------------------|

    | 0° (tête alignée) | 5 kg |

    | 15° | 12 kg |

    | 30° | 18 kg |

    | 45° | 22 kg |

    | 60° | 27 kg |

    À 60° d'inclinaison (position typique pour regarder un smartphone), votre cou supporte l'équivalent d'un enfant de 8 ans accroché à votre tête.

    Faites l'expérience : Tenez un livre à bout de bras. C'est facile. Maintenant, inclinez le bras vers l'avant. Le livre pèse le même poids, mais l'effort est multiplié.

    C'est exactement ce qui se passe avec votre tête.

    Ce que ces contraintes provoquent

    Quand votre tête est projetée vers l'avant pendant des heures :

  • **Les muscles de la nuque se contractent** pour retenir la tête (trapèzes supérieurs, élévateur de la scapula)
  • **Les articulations facettaires s'écrasent** à l'arrière des vertèbres
  • **Les disques sont comprimés de façon asymétrique** (plus à l'avant qu'à l'arrière)
  • **Les ligaments s'étirent** chroniquement
  • **Les muscles profonds s'affaiblissent** (fléchisseurs profonds du cou)
  • Le résultat : douleur, raideur, et à terme, dégénérescence accélérée.

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    Les muscles impliqués : comprendre pour agir

    Les muscles qui souffrent

    Trapèze supérieur :

  • Relie le crâne et les cervicales à l'épaule
  • Constamment contracté pour retenir la tête
  • Siège des « nœuds » douloureux que vous sentez dans vos épaules
  • Élévateur de la scapula :

  • Relie les premières cervicales à l'omoplate
  • Souvent le coupable des douleurs entre nuque et épaule
  • Particulièrement sensible au stress
  • SCOM (sterno-cléido-occipito-mastoïdien) :

  • Grand muscle visible sur le côté du cou
  • Raccourci par la position tête en avant
  • Peut causer des céphalées et des vertiges
  • Les muscles qui s'affaiblissent

    Fléchisseurs profonds du cou :

  • Petits muscles à l'avant des cervicales
  • Stabilisent la colonne cervicale
  • S'atrophient quand la tête est projetée en avant
  • Leur faiblesse perpétue le problème
  • Le cercle vicieux :

  • La tête part en avant
  • Les fléchisseurs profonds ne travaillent plus
  • Ils s'affaiblissent
  • La tête part encore plus en avant
  • Etc.
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    Les conséquences au-delà de la douleur

    Céphalées de tension

    Les muscles contractés de la nuque et du crâne peuvent irriter les nerfs et provoquer des maux de tête caractéristiques :

  • Douleur en « bandeau » autour de la tête
  • Sensation de pression
  • Aggravation en fin de journée
  • Amélioration avec le repos et les étirements
  • Statistique : Jusqu'à 70% des céphalées de tension ont une composante cervicale.

    Névralgies cervico-brachiales

    Quand les vertèbres cervicales sont comprimées, les nerfs qui sortent entre elles peuvent être irrités. Ces nerfs vont dans les bras.

    Symptômes possibles :

  • Douleur qui irradie dans l'épaule, le bras, jusqu'aux doigts
  • Fourmillements
  • Engourdissements
  • Perte de force
  • Vertiges et troubles de l'équilibre

    La colonne cervicale contient des récepteurs proprioceptifs qui informent le cerveau de la position de la tête. Une dysfonction cervicale peut perturber ces informations.

    Résultat possible : sensations vertigineuses, déséquilibre, « tête cotonneuse ».

    Troubles de la mâchoire

    Le SCOM s'attache au crâne près de l'articulation temporo-mandibulaire (mâchoire). Une tension chronique de ce muscle peut contribuer à des problèmes de mâchoire :

  • Craquements
  • Douleurs à la mastication
  • Serrement des dents (bruxisme)
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    La vision ostéopathique : les compensations en cascade

    Le thorax bloqué : la vraie origine du problème ?

    En ostéopathie, on cherche toujours l'origine d'une douleur, pas seulement son siège.

    Souvent, les cervicalgies du travailleur sur écran ont leur source plus bas : dans le thorax.

    Le mécanisme :

  • La position sur écran voûte le dos (cyphose thoracique)
  • Le thorax perd sa mobilité en extension
  • Pour regarder droit devant, la tête compense en partant vers l'avant
  • Les cervicales sont sur-sollicitées
  • Traiter les cervicales sans traiter le thorax, c'est vider une barque qui prend l'eau sans boucher le trou.

    La respiration compromise

    Un thorax bloqué en flexion comprime le diaphragme. La respiration devient superficielle (thoracique haute au lieu d'abdominale).

    Cette respiration superficielle :

  • Maintient le système nerveux en alerte (sympathique)
  • Contracte les muscles de la nuque (respiratoires accessoires)
  • Entretient le stress et les tensions
  • Les chaînes antérieures

    Les muscles de l'avant du corps (pectoraux, SCOM, abdominaux) se raccourcissent dans la posture voûtée. Ils « tirent » le corps vers l'avant.

    Sans étirer et rééquilibrer ces chaînes, toute correction posturale sera temporaire.

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    L'écran : un environnement à optimiser

    Positionnement de l'écran

    Règles de base :

  • **Hauteur :** le haut de l'écran à hauteur des yeux
  • **Distance :** bras tendu, le bout des doigts touche l'écran
  • **Inclinaison :** légèrement vers l'arrière (10-20°)
  • Pour les porteurs de lunettes progressives :

    La zone de vision intermédiaire (écran) est au milieu du verre. Pour l'utiliser, vous devez incliner la tête en arrière, ce qui cambre les cervicales.

    Solution : des lunettes « spéciales écran » avec la zone intermédiaire en haut du verre, ou rehausser significativement l'écran.

    L'éclairage

    Un écran trop lumineux ou des reflets forcent à plisser les yeux et à tendre la nuque inconsciemment.

  • Luminosité de l'écran adaptée à l'ambiance
  • Pas de fenêtre dans le dos (reflets sur l'écran)
  • Pas de fenêtre en face (éblouissement)
  • Le téléphone

    Le téléphone sur le bureau force à tourner la tête et à coincer le combiné entre épaule et oreille.

    Solutions :

  • Téléphone à gauche si vous êtes droitier (et vice versa)
  • Casque pour les appels longs
  • Ne jamais coincer le téléphone contre l'épaule
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    Programme de prévention : ce qui fonctionne vraiment

    Exercices de mobilité cervicale (3 minutes)

    Rotations lentes :

  • Tournez la tête à gauche, maintenez 3 secondes
  • Tournez à droite, maintenez 3 secondes
  • 5 répétitions de chaque côté
  • Inclinaisons latérales :

  • Penchez l'oreille vers l'épaule (sans lever l'épaule !)
  • Maintenez 10 secondes
  • 3 répétitions de chaque côté
  • Rétraction cervicale (« double menton ») :

  • Ramenez le menton vers l'arrière (comme pour faire un double menton)
  • Imaginez qu'on tire votre tête par un fil vers le plafond
  • Maintenez 5 secondes
  • 10 répétitions
  • Cet exercice renforce les fléchisseurs profonds et replace la tête sur la colonne.

    Étirements des muscles tendus (5 minutes)

    Étirement du trapèze supérieur :

  • Inclinez la tête à droite
  • Attrapez votre tête avec la main droite
  • Tirez doucement pendant 30 secondes
  • Changez de côté
  • Étirement du SCOM :

  • Tournez la tête à gauche
  • Inclinez légèrement vers l'arrière à gauche
  • Vous devez sentir l'étirement sur le côté droit du cou
  • 30 secondes, puis changez
  • Ouverture thoracique :

  • Debout, mains derrière la tête
  • Ouvrez les coudes vers l'arrière
  • Regardez vers le plafond
  • Inspirez profondément
  • 5 répétitions
  • Routine des micro-pauses (toutes les heures)

  • Levez-vous
  • 5 rotations d'épaules vers l'arrière
  • 3 respirations profondes
  • 30 secondes de marche
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    FAQ : cervicalgies et travail sur écran

    Dois-je utiliser un rehausseur d'écran ?

    Si le haut de votre écran est sous le niveau de vos yeux, oui. Un simple support (même des livres) peut suffire.

    Un oreiller cervical aide-t-il ?

    Pour la nuit, un oreiller qui maintient la courbure cervicale peut aider. Mais le problème principal reste la journée, pas la nuit.

    Faut-il consulter un ostéopathe ?

    Si les douleurs persistent malgré les exercices et les ajustements ergonomiques, oui. Un ostéopathe peut identifier les blocages et les compensations que vous ne pouvez pas traiter seul.

    Les cervicalgies peuvent-elles devenir chroniques ?

    Oui, si rien n'est fait. Plus le problème dure, plus les compensations s'installent, plus il devient difficile à résoudre. N'attendez pas.

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    Conclusion : votre cou mérite mieux

    Les cervicalgies du travailleur sur écran ne sont pas une fatalité. Elles sont la conséquence logique d'une posture inadaptée maintenue pendant des heures.

    Comprendre les mécanismes en jeu — le poids de la tête, les muscles impliqués, les compensations thoraciques — permet d'agir efficacement.

    Les solutions existent :

  • Optimiser votre poste de travail
  • Intégrer des exercices de mobilité quotidiens
  • Renforcer les muscles stabilisateurs
  • Traiter les causes, pas juste les symptômes
  • Chez CDFPI, notre formateur est ostéopathe. Il comprend les cervicalgies comme peu de formateurs le peuvent — et il sait comment les prévenir vraiment.

    Marre d'avoir mal à la nuque ?

    Découvrez notre formation Prévention des TMS — avec des exercices de mobilité cervicale que vous appliquerez dès le lendemain.

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